La naissance de l’État du Japon

30 nov 2010 - 20:00

Brasserie de l’Univers / 8, place Jean Jaurès / Tours

Par François MACÉ et Laurent NESPOULOUS, chercheurs à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales)

Tous les ans, le 11 février, le Japon célèbre l’anniversaire de la Fondation du pays. Cette date correspondrait à la fondation du premier palais par le premier empereur humain en 660 avant notre ère. Cette célébration, instituée en 1872, quatre ans après la Restauration de Meiji, fut supprimée en 1945 par les Américains, et rétablie en 1966.

Plus aucun historien de métier ne croit à cette légende, mais le débat sur la période où a pu se constituer un État au Japon reste ouvert. On oscille entre le IVe voire le IIIe siècle pour les plus audacieux et le VIIe ou même le début du VIIIe pour les tenants d’une définition restrictive de l’État.

La question de la naissance de l’État au Japon soulève donc des questions de deux ordres.

Les premières relèvent de la construction de l’histoire nationale, et de l’histoire de la conscience historique au Japon. Les secondes posent un problème d’école, celui de l’émergence de structures étatiques dans des sociétés vivant tantôt en marge, tantôt en orbite d’une civilisation où l’État est déjà bien constitué, dans le cas présent, la Chine.

Nous nous concentrerons sur les deuxièmes en essayant de dresser un état des lieux de nos connaissances sur la construction d’un État dans l’archipel japonais. La dernière phase pourrait se résumer assez simplement : en contrecoup de la réunification de la Chine par les Sui (589-618), puis les Tang (618-906), les sociétés d’Extrême-Orient, péninsule coréenne et archipel japonais, vont connaître à partir de la fin du VIe siècle des transformations accélérées qui vont les mener à instaurer des États conçus sur le prestigieux modèle chinois, mais avec de sérieuses adaptations. Dans l’exemple japonais, les historiens s’accordent d’ordinaire à penser que le processus est achevé au début du VIIIe siècle, avec ce que l’historiographie a nommé l’État régi par les codes. Reste cependant ouverte la question de savoir dans quelle mesure et dans quels domaines les textes des codes décrivent la réalité et s’ils ont été réellement appliqués dans l’économie politique du Japon d’alors.

Le processus – situé chronologiquement bien amont – évolutif, constitutif du stade « étatique », est, lui, plus difficile à saisir. Les sources écrites, postérieures de plusieurs siècles sont d’interprétation délicate. Elles projettent dans le passé le plus ancien – 660 avant notre ère – des notions ou des schémas dont on n’est même certain de la validité pour le VIe de notre ère. L’archéologie, de son côté, ne peut répondre directement à nos interrogations sur la nature du pouvoir exercé par les constructeurs des grands tertres funéraires qui dominent le paysage depuis le IIIe siècle.

Ce qui se dessine malgré tout, c’est le rôle moteur à partir du IIIe siècle de la province de Yamato (l’actuel département de Nara, au sud de Kyôto). On peut y ajouter, malgré de notables différences régionales, une assez grande homogénéité dans l’espace qui allait devenir le Japon historique.

Orientation bibliographique

Alain Testart, L’origine de l’Etat, Errance, 2004.
Laurent Nespoulous, Une histoire de la protohistoire japonaise, (thèse de doctorat, Inalco, 2006)
François Macé, La mort et les funérailles dans le Japon ancien, POF, 1986.
Francine Hérail (sous la direction de), Histoire du Japon, Hermann 2009.
Pierre-François Souyri, Nouvelle histoire du Japon, Perrin, 2010.