Hygiène et salubrité publiques au XIXème siècle

9 nov 2010 - 18:30

Café le Saint-Hubert / 25, rue de la poste / Châteauroux

Par Gérard JORLAND, directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherche au CNRS

Autour de son livre Une société à soigner, Hygiène et salubrité publiques  au XIXème siècle, aux éditions Gallimard, 2010

Faute de pouvoir soigner les maladies, la médecine du XIXe siècle s’est employée à les prévenir. D’où le rôle central qu’y joue l’hygiène publique. Se donnant pour mission de supprimer les foyers d’infection qui minent la société, elle s’étend à tous les domaines : égouts et voiries, orientation et hauteur des bâtiments, alimentation et travail, pollution industrielle et urbaine, prisons, casernes, hôpitaux, mais aussi prostitution, alcoolisme, crimes, suicides, etc.

Les préconisations des hygiénistes sont toujours les mêmes : faire circuler l’air et l’eau, désinfecter, vacciner. Mais ces avis ne sont pas toujours suivis d’effets. Dans nombre de pays européens, la vaccination et la revaccination sont obligatoires. En France, non. D’où ces deux paradoxes : qu’un pays qui a créé le mouvement d’hygiène publique moderne soit si lent à en appliquer les mesures ; que dans ce même pays, synonyme de centralisation et d’État fort, le gouvernement joue un rôle si limité dans la santé publique.

À la fin du siècle, les médecins finissent par se faire élire eux-mêmes au Parlement afin de faire voter une législation sanitaire. Mais pour imposer les contraintes de santé publique, il leur faut abandonner l’idéologie libérale et en construire une autre, le solidarisme. La législation perdurera, pas l’idéologie. Aujourd’hui, les politiques de santé publique appliquées en France et en Angleterre sont diamétralement opposées : libérale chez nous, étatique là-bas, contrairement à toute attente.