L’internement des Tsiganes en France (XIX-XXè)

20 nov 2010 - 11:00

Café de la Halle aux Grains / place de la République / Blois

Dans la cadre du festival bd BOUM (du 19 au 21 novembre 2010 de Blois)

Par Marie-Christine HUBERT, archiviste et historienne et Kkrist MIRROR, auteur BD

Autour de l’ouvrage de Marie Christine HUBERT (en collaboration avec Emmanuel Filhol), Les Tsiganes en France, un sort à part (1939-1946), aux éditions Perrin et du travail de Kkrist Mirror, Tsiganes (1940-1945 Le camp de concentration de Montreuil-Bellay) aux éditions Emmanuel Proust


De 1940 à 1946, environ 6500 personnes furent internées dans 30 camps d’internement pour nomades. Ces familles étaient majoritairement de nationalité française et Tsiganes ou considérées comme telles par les autorités allemandes et françaises. Bien que décrété par les Allemands, l’internement des Tsiganes releva de la responsabilité des autorités françaises et en l’occurrence des préfets qui organisèrent  les arrestations et gérèrent les camps.
Depuis 1912, les Tsiganes non sédentaires étaient bien connus des autorités. La création du régime des Nomades et de pièces d’identité spécifiques, le carnet anthropométrique d’identité et le carnet collectif, avaient permis de recenser les individus et de surveiller étroitement les déplacements des familles. Environ 40 000 Nomades dont 60 % de Français étaient ainsi fichés avant guerre.
Dès la déclaration de guerre, les Nomades furent mis au ban de la Nation. Le 6 avril 1940, la Troisième République interdit sur le territoire métropolitain et, pour toute la durée de la guerre, la circulation des Nomades et les assigna à résidence. Le 4 octobre 1940, les Allemands ordonnèrent l’internement des Tsiganes en zone occupée. Les gendarmes arrêtèrent alors les familles assignées à résidence en avril et les porteurs du carnet anthropométrique. Furent également internés des forains, des travailleurs itinérants, des sédentaires : toutes personnes soupçonnées d’être des Tsiganes.
Rassemblés précipitamment, à l’automne 1940, dans des carrières et des châteaux abandonnés, les internés furent transférés ensuite dans des camps plus structurés administrés par les préfectures et surveillés par des gendarmes comme à Mérignac (Gironde), Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique), Poitiers (Vienne). Fin 1941, les Tsiganes furent regroupés au sein de camps régionaux : Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), Mulsanne (Sarthe), Jargeau (Loiret), Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes (Yonne).
Le froid, la faim, l’absence d’hygiène eurent raison des plus fragiles. L’internement comme la libération dépendait d’une décision arbitraire résultant du bon vouloir des préfets et des Allemands.
En zone libre, l’assignation à résidence était de règle. Toutefois, Des Tsiganes expulsés d’Alsace-Lorraine à l’été 1940 ont été internés à l’automne 1942 dans le camp de Saliers (Bouches-du-Rhône) sur la décision exclusive du Gouvernement de Vichy.
Les Tsiganes ne seront pas libérés en 1944 comme les autres internés administratifs. Ne souhaitant pas les retrouver sur les routes de France, l’internement fut assimilé à l’assignation à résidence, le décret du 6 avril étant toujours en vigueur. Ce n’est qu’avec le décret du 10 mai 1946 officialisant la fin de la guerre, que les derniers Nomades obtinrent leur libération bien après celle des Collaborateurs.
Les Tsiganes de France ne furent pas déportés massivement vers Auschwitz. Néanmoins, 145 Français arrêtés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, départements rattachés à la Belgique y ont été déportés le 15 janvier 1944. D’autres ont été livrés aux Allemands par des préfets peu scrupuleux comme celui de la Vienne qui envoya en Allemagne des Nomades internés à Poitiers en lieu et place de jeunes travailleurs sédentaires.
Après la guerre, ces familles démunies et meurtries pâtirent de nouveau du régime des nomades. Ce n’est qu’en 1969, que le carnet anthropométrique d’identité fut remplacé par un carnet de circulation moins contraignant mais tout aussi discriminatoire.

Bibliographie :
- Emmanuel Filhol, Marie-Christine Hubert, Les Tsiganes en France : un sort à part 1939-1946, Perrin, 2009.
- Mathieu Pernot, Un camp pour les Bohémiens. Mémoires du camp d’internement pour nomades de Saliers, Actes Sud, 2001.
- Paul Lévy, Un camp de concentration français : Poitiers 1939-1945, SEDES, 1995.
- Jacques Sigot, Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945, Wallada, 1983.
- Voir également les numéros de la revue Études Tsiganes et le site internet : www.mémoires-tsiganes1939-1946.fr
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Kkrist Mirror, Tsiganes (1940-1945 Le camp de concentration de Montreuil-Bellay), aux éditions Emmanuel Proust