L’Afrique au Moyen-Âge, les défis de l’histoire

10 jan 2011 - 18:30

Café l’Euro-Café / 41, rue Moyenne / Bourges

Par François Xavier FAUVELLE, directeur de recherche au CNRS (TRACES, Toulouse) et chercheur au GAES, université du Witwatersrand, Johannesburg (Afrique du Sud)

Ce que nous appelons la « découverte » de l’Afrique s’est accompagnée partout, depuis le 15e siècle, de transformations rapides et profondes des sociétés africaines. Ainsi la fascination que suscite immanquablement, dans le monde musulman ou en Europe, le contact lointain avec des populations aux usages différents, s’accompagne-t-elle d’un mépris à l’encontre de ceux qui sont déjà les victimes de cette « rencontre » tout sauf innocente. Captifs déshumanisés, sociétés fragmentées, usages sociaux marqués par la violence : l’Afrique alimente en retour un discours de déshumanisation, qui fait de l’esclave une proie naturelle, de sa société une victime consentante. Longtemps après, l’Afrique en général continue de souffrir d’un profond désintérêt, qui a presque fini par occulter les remarquables réalisations historiques qui s’y sont manifestées. Mais le plus grand défi pour l’historien de l’Afrique est de prendre en compte la très grande diversité des formes de sociétés qui ont traversé l’histoire de ce continent. A la différence de l’Europe, où les Etats centralisés ont depuis longtemps annihilé toute autre forme d’organisation sociale et où les grandes religions monothéistes ont depuis longtemps éradiqué toute autre forme d’expression de la croyance, l’Afrique a fait preuve d’une exceptionnelle inventivité politique, sociale et religieuse. S’y sont côtoyés, s’y sont imbriqués des royaumes mais aussi des sociétés organisés en lignages ou en classes d’âge, des économies agricultrices mais aussi des chasseurs-cueilleurs et des nomades hautement spécialisés dans l’élevage, des religions monothéistes comme l’islam et le christianisme mais aussi des religions « du terroir » et des croyances dans les ancêtres. Cette inventivité, et la cohabitation de ces formes multiples à travers l’histoire, font de l’Afrique un observatoire unique de l’humanité.