Prisonniers de guerre indigènes sous l’Occupation

25 nov 2010 - 18:00

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Par Armelle MABON, université de Bretagne Sud

Autour de son ouvrage : Prisonniers de guerre indigènes, visages oubliés de la France occupée , aux éditions La Découverte, 2010

Ouvrage Armelle Mabon

Après la débâcle de juin 1940, les combattants de l’armée française  sont faits prisonniers. Alors que les combattants originaires de la métropole partent en Allemagne, ceux originaires des colonies prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée. En avril 1941, on compte près de 70000 hommes répartis dans 22 frontstalags. Du fait de la géographie particulière de leur captivité, ils nouent des contacts singuliers tant avec l’occupant qu’avec la population locale qui leur apporte réconfort et les aide à s’évader pour rejoindre les maquis ou la zone Sud. Lorsqu’en janvier 1943, le gouvernement de Vichy accepte de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français, les prisonniers de couleur se sentent trahis. C’est une nouvelle facette de la politique de collaboration. Le monde colonial s’est retrouvé en terre métropolitaine avec une résurgence du travail forcé et la mise en œuvre d’une mission civilisatrice.
Des relations amicales mais aussi des histoires d’amour et des enfants métis sont nés de cette improbable rencontre des peuples que la France de Vichy et la France libre ont rejeté. Leur engagement dans la résistance a été également nié. La fin de cette captivité  est devenue une sortie de guerre bien problématique. A la Libération, leur retour en terre natale s’est souvent accompagné de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier survenu à Thiaroye, près de Dakar, en décembre 1944. Un drame où se mêlent l’injustice et le déni d’égalité sur fond de réformes politiques attendues par les populations. Pour d’autres comme les Malgaches et les Indochinois, c’est la terrible attente avant de pouvoir revoir leur famille mais aussi leurs terres spoliées.
L’oubli autour de cette captivité est tenace encore aujourd’hui alors que des hommages des plus dignes sont attendus ainsi que des travaux universitaires dans toutes les régions où ont séjourné ces prisonniers coloniaux et nord-africains.

Bibliographie
- Documentaire Oubliés et trahis Les prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains, réalisé par Violaine Dejoie-Robin, Grenades production, 2003