LE VIOL, HISTOIRE D’UN JUGEMENT

15 oct 2010 - 11:00

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Dans le cadre du festival des Rendez-vous de l’histoire de Blois

AVEC : GEORGES VIGARELLO, directeur de recherches à l’EHESS

L’histoire du viol est moins celle d’un acte que celle d’un jugement. Appréciation et gravité changent avec le temps. Comme changent le relevé des faits et les modes de juger. Trois thème seront, plus particulièrement, poursuivis dans cet exposé.

1 – Qualifier l’acte
La qualification de l’acte reste longtemps sommaire : « coït commis par force », disent les « criminalistes » de l’Europe classique. Ce qui écarte, entre autres, les « sodomies violentes ». Ou « rapt de violence », disent les mêmes criminalistes. Ce qui, en maintenant le modèle du rapt, peut conduire à qualifier le vol d’ « adultère commis par force ». Ou ce qui, plus étonnemment encore pour la sensibilité d’aujourd’hui, peut conduire à juger la gravité de l’acte selon le statut social du tuteur : « L’injure faite à la femme est censée faite au mari ».
Le code pénal révolutionnaire, en postulant l’autonomie de la femme, abandonnera le mot rapt et n’utilisera plus que le mot de viol. D’où la confirmation d’une présence de l’histoire dans les modes de qualification, histoire que ne saurait s’arrêter avec l’usage définitif du mot viol.

2 – Désigner des degrés de gravité
L’histoire du jugement c’est inévitablement aussi celle d’une « découverte » et d’une désignation possible de degrés dans l’acte d’agression sexuelle lui-même. L’ « attentat à la pudeur avec violence » par exemple est un crime n’apparaissant que dans le code pénal de 1810. Alors qu’il faut le code pénal de 1832 pour que soit condamné un « attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence » sur une enfant de moins de 11 ans. La « violence morale », autrement dit, est une « objet » incontournable dans l’histoire du viol, encore faut-il constater qu’il s’agit d’un acte tardivement condamné.

3 – S’interroger sur l’atteinte
L’histoire du jugement c’est encore celle où s’invente la spécificité de ce crime, comme celle où s’invente la spécificité possible de son auteur. D’où la lente apparition aussi d’une spécificité possible du crime sur enfant.

Bibliographie indicative :

- Georges VIGARELLO, Histoire du viol (XVIè-XXè siècles), Paris, Seuil, 1998