LE CHANT SACRÉ – UNE HISTOIRE DE SANG CONTAMINÉ (1955-1983)

14 oct 2010 - 16:00

Brasserie Hippolyte / 3, rue du Bourg Neuf / Blois

Dans le cadre du festival des Rendez-vous de l’histoire de Blois

AVEC : LAURENCE LACOUR, journaliste et essayiste

En mars 1999, lors du procès des ministres L. Fabius, G. Dufoix et E. Hervé devant la Cour de Justice de la république, le philosophe Paul Ricoeur fut cité comme témoin par Mme Dufoix. Il dit en substance : « Si nous sommes ici, devant une juridiction pénale, c’est parce qu’il n’y a nul autre lieu dans notre démocratie pour débattre de ces graves questions. » D’emblée, il sortait ce dossier de son enceinte pénale pour l’amener sur le terrain, désert, du débat démocratique. Que font nos dirigeants ? Comment répondent-ils de leurs actes hors échéance électorale ? Quelle est leur responsabilité ? Celle-ci peut-elle évoluer en culpabilité délictuelle voire criminelle ? Qui oserait soutenir qu’un seul de ces trois ministres a souhaité la mort des malheureuses victimes de la contamination du sang par le virus du SIDA ? Comment établir le moindre lien de causalité entre les deux parties ? La relaxe, inévitable, des trois personnalités, a désorienté un public gavé de vérités médiatiques selon lesquelles les responsables étaient avant tout des coupables. Onze ans plus tard, malgré cette expérience révélatrice, la démocratie n’a toujours pas aménagé d’espace spécifique pour tenter d’apporter des réponses à ces questions mettant en jeu la conduite de la vie publique. Hors la réponse judiciaire, hors la sanction électorale, point de réponse ?
En 2000 Paul Ricoeur signait une tribune dans Le Monde, à la mémoire de l’historien François Furet, à propos de l’écriture de l’histoire et de la représentation du passé. Il mettait alors en garde contre le risque de voir d’immenses vagues émotionnelles paralyser la réflexion sur le passé. Redonnant à chacun sa place, il rappelait que si le juge condamne, le citoyen doit militer contre l’oubli et l’historien « comprendre sans inculper ni disculper ». On devinait l’allusion à l’affaire du sang contaminé dont l’étendue, la complexité, les enjeux entrecroisés ont été étouffés par une longue plainte. Il en reste souvent dans la mémoire collective, au mieux quelques faits ressassés hors contexte, au pire, une série de clichés grossiers. Rien qui permette de comprendre pour aider la société à avancer et les victimes à s’apaiser.
« Comprendre sans inculper ni disculper », telle est l’ambition de mon  récit au long cours de cette histoire du sang contaminé. Ambition du temps en prenant le temps d’aller chercher les racines du mal dans les trente années précédentes. Ambition de la connaissance en éclairant toutes les composantes de la société traversées par ce thème. Ambition de la fidélité au passé en écrivant ce livre avec les mots de l’époque, puisés à bonnes sources, datées, vérifiables, incontestables. Dix ans m’ont été nécessaires pour mener à bien ce projet ambitieux et tenter de gommer l’ignorance attachée à ce dossier. L’ignorance, le pire des malheurs pour un homme comme pour une collectivité.

Bibliographie indicative :

Laurence LACOUR, Le chant sacré, une histoire du sang contaminé, éditions Stock, 2008