Le métier de gendarme au XIXème siècle

9 juin 2010 - 18:30

Café le Parisien / 49, rue Noël Ballay / Chartres

Par Arnaud HOUTE, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne.

Autour de sa récente parution : Le métier de gendarme au XIXè siècle

L’entrée des gendarmes en Sorbonne fait parfois la une des journaux… Ce ne fut pourtant pas le cas du colloque international de 2000, qui marquait la naissance d’un chantier de recherche aussi neuf que dynamique. Longtemps ignorée par les historiens, la gendarmerie était, au même titre que la police, un sujet un peu trop sensible… « Un objet sale » disait le sociologue Dominique Monjardet. Il a fallu du temps, mais les archives se sont ouvertes, et les travaux se sont multipliés, permettant de mieux comprendre, désormais, l’originalité et la nature de cette force de police à statut militaire créée en 1791 et héritière d’une maréchaussée dont les racines remontent au Moyen-Age.

À l’heure où l’on s’interroge de nouveau sur la place et sur l’attitude des forces de l’ordre, à l’heure où la gendarmerie se fond discrètement dans un système policier largement bouleversé, il s’agit de contribuer au débat en offrant un éclairage historique. Comment les gendarmes du XIXe siècle sont-ils devenus républicains ? Comment – et dans quelles limites – ces soldats longtemps redoutés des populations se sont-ils intégrés à la vie quotidienne des Français ? Comment est née la figure du « brave Pandore » à la bonhomie rassurante ?

En posant cette question, on se fixe un programme ambitieux : il faut étudier le métier dans tous ses aspects – les enjeux politiques, l’organisation du service, la sociologie des hommes, leur vie professionnelle et privée, l’esprit de corps, les représentations culturelles, etc. Il s’agit de comprendre l’action de la gendarmerie, ce qui suppose d’observer les gendarmes en tant que tels, mais aussi en tant qu’individus. Il faut surtout essayer de s’approcher au plus près de leur perception du métier : comment comprennent-ils la charge qui leur est confiée ?

L’enjeu est de taille, quand on sait que la gendarmerie reste la principale force de sécurité du pays. Chargée du maintien de l’ordre, de la police judiciaire, du renseignement politique mais aussi et surtout de la police quotidienne qui constitue l’essentiel de sa mission, elle est, avec ses vingt mille hommes, l’une des administrations sur lesquelles repose l’autorité de l’Etat.

À l’interface des populations, parmi lesquelles ils vivent, et des pouvoirs centraux, aux ordres desquels ils sont soumis, les gendarmes offrent donc un bel observatoire des transformations du XIXe siècle : la modernisation des campagnes, le renforcement de l’État, le développement d’une conscience nationale, la démocratisation, sont autant de phénomènes que l’on peut suivre à hauteur de bicorne. Observer par en bas la naissance d’un service public dans la République émergente, tel était le pari de cette recherche au long cours dont on présentera les principaux résultats.

Bibliographie indicative :
Arnaud HOUTE, Le métier de gendarme au XIXè siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010