Nuit américaine sur le Viêt-nam

2 mar 2010 - 18:30

Café le Saint-Hubert / 25, rue de la poste / Châteauroux

Intervenant : Michel JACQUET, docteurs ès lettres et historien du cinéma et de la littérature

La guerre du Viêt-nam a été la première guerre abondamment télévisée. Toute une génération garde en mémoire les images traumatisantes de populations civiles hagardes fuyant les bombardements au napalm. Quand il s’empara de ce conflit, le cinéma – qui participait depuis ses débuts à la construction de l’histoire américaine – fut contraint d’en proposer une approche moins journalistique. Les correspondants de guerre s’étaient chargés de donner un témoignage visuel sur le conflit. En conséquence, le cinéma l’appréhenda de manière plus esthétisante, plus métaphorique. Autre problème : le cinéma U.S. avait souligné jusque-là la légitimité des interventions extérieures menées par les États-Unis, que ce soit lors des deux guerres mondiales ou en Corée ( citons pour rappel Sergent York, Le jour le plus long, Iwo Jima, Aventures en Birmanie). Pour la première fois, il était amené à rendre compte d’une guerre condamnable sur le plan et, qui plus est, d’une guerre perdue.

De fait, dans un premier temps, les cinéastes s’écartèrent délibérément du réalisme et décrivirent une guerre folle, un engrenage totalement irrationnel :  Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse now et Full metal jacket s’inscrivirent dans cette optique. Aucun de ces films, considérés à juste titre comme des chefs-d’oeuvre, ne pouvait prétendre à une quelconque objectivité. Le Viêt-nam y était essentiellement une prétexte à l’expression des univers propres à Cimino, Coppola et Kubrick. Ce n’est qu’à partir de Platoon, d’Oliver Stone, en 1986, que s’engagea une véritable réflexion sur la nature de l’engagement américain au Viêt-nam. Trois ans plus tard, Né un 4 juillet, du même réalisateur, confirmait cette nouvelle orientation, accentuée encore par Outrages de Brian de Palma.

Les retours difficiles des vétérans aux États-Unis (Rambo, Taxi Driver, Birdy) allaient également fournir un thème récurrent aux scénaristes hollywoodiens. C’est tout le malaise de la société américaine qui s’exprimait à travers l’impossible réinsertion de ces soldats perdus. Telle une matrice infernale, le Viêt-nam continue aujourd’hui de hanter, de manière quasi subliminale, nombre de films traitant des conflits irakiens ou afghans (Jarhead, Redacted, Dans la vallée d’Elah, Brothers).

Bibliograhie : Michel JACQUET, Nuit américaine sur le Viet-Nâm – le cinéma US et la sale guerre,  éditions Anovi, 2009