La rafle des enfants d’Izieu (1944) sous le commandement de Klaus Barbie

22 avr 2010 - 18:30

Café le Parisien / 49, rue Noël Ballay / Chartres

Partenariat avec le Cercil

Intervenant : Pierre Jérôme BISCARAT, historien, service pédagogique de la Maison d’Izieu, mémorial des enfants juifs exterminés.

Le 6 avril 1944, la Gestapo de Lyon, sous le commandement de Klaus Barbie, a arrêté dans la Maison d’Izieu 44 enfants qui y avaient trouvé refuge et leurs sept éducateurs. Parmi les personnes présentes, seul un adolescent a pu s’échapper. 42 des enfants et cinq adultes ont été gazés dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Deux adolescents et le directeur de la Maison ont été fusillés en Estonie. Des sept éducateurs, une seule personne revint d’Auschwitz.

Après la guerre, parfois de manière inégale, la mémoire de cette tragédie fut portée à bout de bras par des gens admirables : survivants, familles des survivants, témoins, journalistes, avocats, magistrats, artistes, universitaires, hommes politiques. Grâce à l’action de Serge et Beate Klarsfeld, Klaus Barbie, responsable de la rafle, chef de la Gestapo de Lyon, est jugé à Lyon en 1987. Il est condamné à la réclusion à perpétuité pour crime contre l’humanité. Il meurt en prison en 1991. Sept ans plus tard, le 24 avril 1994, un Mémorial est inauguré à Izieu par le président François Mitterrand. Cette tragédie devient un symbole auquel la République rend hommage.

L’écriture de l’histoire d’Izieu s’appuie en grande partie sur les travaux de Serge Klarsfeld qui publie le premier livre sur le sujet en 1984, Les enfants d’Izieu, une tragédie juive. En 1997, il édite un recueil de documents, Georgy. Un des 44 enfants de la Maison d’Izieu. Ce travail fondateur est complété, en 1994, par l’étude du journaliste Richard Schittly, Izieu, l’innocence assassinée. Contribution à la mémoire des enfants d’Izieu raflés le 6 avril 1944. À cette approche historique, il faut ajouter les témoignages de Sabine Zlatin, Mémoires de la « Dame d’Izieu », et celui de Pierre-Marcel Wiltzer, Sous les feux croisés. Paroles de Préfet. En 2002, la Maison d’Izieu a réuni puis interviewé quinze « anciens de la colonie ».

Ces témoignages ont été croisés avec les sources écrites : documents officiels, correspondances, journaux. Elles sont reparties principalement en plusieurs fonds : Archives départementales de l’Ain, de l’Hérault et des Pyrénées-orientales, dossiers judiciaires des procès Lucien Bourdon et Klaus Barbie, collection Sabine Zlatin déposée à la Bibliothèque nationale de France, fonds propres de la Maison d’Izieu, archives du Centre de Documentation juive contemporaine/Mémorial de la Shoah, documents et photographies conservés ou récoltés par des particuliers.

La tragédie d’Izieu revêt une valeur exemplaire, celle du destin tragique de familles juives européennes. Raconter cette histoire, c’est porter un regard frontal sur l’Europe des années noires : les pogroms à l’Est, l’acharnement antisémite des nazis, la collaboration meurtrière de Vichy et la responsabilité de la France dans la « Solution finale », le mécanisme froid et implacable de l’extermination.

À l’heure des débats sur la transmission de la Shoah et sur les enjeux de mémoire, cet ouvrage, destiné à un large public, propose de retracer, à partir de documents précis et souvent inédits, l’une des pages les plus sombres de notre histoire commune.

Bibliographie indicative :

Pierre-Jérôme Biscarat, Dans la tourmente de la Shoah. Les enfants d’Izieu, Michel Lafon, Paris, 2008, 300 p.

Pierre-Jérôme Biscarat, Les enfants d’Izieu, 6 avril 1944 : un crime contre l’humanité. Collection « les Patrimoines, Éd. Le Dauphiné Libéré, 2003. 51 p.

Serge Klarsfeld, Les enfants d’Izieu, une tragédie juive, Association « Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France », Paris, 1984, 128 p.

Richard Schittly, Izieu, l’innocence assassinée. Contribution à la mémoire des enfants juifs raflés le 6 avril 1994, préface de Sabine Zeitoun, Editions Comp’Act, Chambéry, avril 1994, 168 p.