À la recherche du criminel né, de la bosse du crime à l’anthropologie criminelle

25 fév 2010 - 18:30

Café le Parisien / 49, rue Noël Ballay / Chartres

Par Marc RENNEVILLE, directeur éditorial de Criminocorpus

Les criminels sont-ils biologiquement différents des honnêtes gens ?
De nombreux savants ont cherché, depuis le début du 19e siècle les signes de cette différence. L’hypothèse d’une hérédité des vices et des vertus était avancée pour les cas de folie et de criminalité familiale, bien avant que Zola n’en fasse le moteur de l’épopée naturaliste des Rougon-Macquart. Au temps de Balzac, la phrénologie affirmait que l’on pouvait reconnaître certains prédispositions criminelles leur tâtant les bosses du crâne. Cette théorie fut la première à postuler l’existence d’un penchant inclinant au meurtre. Elle provoqua la création de collections de moulages et de pièces anatomiques ; et proposa des principes de réforme pénale qui ne virent pas immédiatement le jour, mais elle ouvrit un programme de recherche qui dura longtemps (est-il seulement abandonné ?).

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que la palpation des crânes est peu à peu reléguée dans les stands de foire, on continue de rechercher activement les signes caractéristiques de la déviance. Le récidiviste devient un sujet d’examen. Les médecins et les anthropologues ne se contentent plus désormais de tâter les crânes des infracteurs mais ils scrutent minutieusement toutes les parties de leurs corps.
C’est dans cette grande vague d’études que se situe l’oeuvre d’Alphonse Bertillon, qui réforme complètement le service de l’identité judiciaire à Paris en proposant un système de relevé anthropométrique permettant de confondre les récidivistes. Les travaux d’anthropologie criminelle connaissent leur apogée en Europe entre 1880 et 1914. Des revues scientifiques spécifiques sont créées, et sept congrès internationaux sont organisés de 1885 à 1911. La personnalité scientifique qui domine cette période est sans conteste le très controversé Cesare Lombroso (1835-1909), criminologue italien qui popularisa la théorie du criminel-né. Cette théorie « biologique » de la criminalité apparaît désormais si caricaturale qu’elle ne peut nous laisser indifférent. Nous verrons qu’elle fait pourtant écho au débat contemporain sur notre système judiciaire, qui voit se reposer les mêmes questions : Que faire des individus dangereux inaccessibles à toute intimidation ? Que faire des récivisites ?

Pour aller plus loin :
Marc Renneville est maître de conférence en histoire contemporaine à l’Université Paris 8. Il est chargé d’études et de recherches historiques au ministère de la Justice. Il dirige le site Criminocorpus Le portail sur l’histoire de la justice, des crimes et des peines (http://www.criminocorpus.cnrs.fr)

Site personnel (présentation des recherches en cours) : http://m.renneville.free.fr

Marc Renneville est l’auteur de Crime et folie. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires (Paris, 2003). Il a également publié Le langage des crânes. Une histoire de la phrénologie (Paris, Sanofi-Synthélabo) qui a reçu le prix du meilleur ouvrage de la Société française d’histoire de la médecine, en 2000.