Le palais végétal : art des jardins et architecture en France, de la Renaissance au siècle des Lumières

11 sept 2014 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

En partenariat avec le service Ville d’Art et d’Histoire de Blois et l’exposition « jardins de châteaux à la Renaissance » au château royal de Blois

Par Dominique GARRIGUE, Chercheur en Histoire de l’Art des Jardins

Tout comme celui des palais, l’art des jardins traduit une volonté d’embellir le monde, de le rendre plus paisible et plus agréable à vivre, à l’image de l’Olympe ou du Paradis. Mais il permet aussi aux créateurs et aux commanditaires d’exprimer des stratégies de pouvoir et de séduction destinées à affermir leur autorité sur la Nature et sur leurs semblables. Inépuisables objets de créativité et de domination, palais et jardins apparaissent alors comme les plus parfaits modèles et cadres de représentation personnelle ou collective de la société aulique à laquelle les uns et les autres se réfèrent.

En effet, les jardins sont parmi les lieux les plus privilégiés de représentation politique et d’illustration de la souveraineté, en particulier à la Renaissance et au Grand Siècle. Ils participent aussi d’innovations majeures, notamment dans leur composition, lesquelles se produisirent parallèlement avec la consolidation du système royal : cette évolution a permis aux nouveaux jardins « à la française » de former, avec le château devenu palais, l’espace privilégié d’ostentation et de manifestation de la monarchie absolue.

Au siècle des Lumières, l’esprit change de style, ou plutôt fait coexister le goût du modèle horticole français qui avait triomphé sous le Roi-Soleil avec celui d’un retour à une certaine Nature, peut-être plus « verte » mais tout aussi maîtrisée par l’Homme – le jardinier ou le maître des lieux, parfois confondus -,  cela pour le plus grand plaisir des grands de ce monde et des amateurs éclairés ! Loin de se distendre, le lien entre architecture et jardin continua donc, tout au long du xviiie siècle, non seulement de s’affirmer avec le pouvoir des puissants, mais aussi de se renouveler avec la frénésie des « folies » et autres « fabriques », qui témoignent autant de l’inépuisable fantaisie que de la curiosité de leurs concepteurs pour l’exotisme de cultures lointaines.