Évolution d’une capitale : de Lutèce au Grand Paris

17 déc 2009 - 18:30

Café le Saint-Hubert / 25, rue de la poste / Châteauroux

Partenariat avec la médiathèque de Châteauroux

Intervenant : Youri CARBONNIER, maître de conférences en histoire moderne » à l’université d’Artois (Arras).

Cité gallo-romaine qui doit son succès à sa situation privilégiée, à cheval sur la Seine, Lutèce prend réellement son envol lorsqu’elle devient Paris. Le rôle fondateur du fleuve est souligné par la translation du noyau urbain sur l’île de la Cité, qui sert à la fois de point d’ancrage aux ponts permettant la circulation nord-sud et de point d’appui fortifié contre les invasions. Les enceintes successives attestent ce rôle défensif. À partir du XIIe siècle, le pouvoir royal y sédentarise sa justice ou ses archives et y installe une université. Il impose des limites à sa capitale, en repoussant à plusieurs reprises les murailles, sans réussir tout à fait à englober l’espace urbanisé, dont l’expansion devient vite incontrôlable. C’est dans ce cadre que prend corps la physionomie du Paris classique. Jalonné de monuments symboliques du pouvoir, en grande partie bouleversé lors du dernier agrandissement communal, sous l’égide du baron Haussmann, en 1860, Paris devient alors la « ville lumière » qui accueille le monde entier lors de fastueuses expositions universelles.
Marqué par une concentration unique de centres de décision, politiques, administratifs et économiques, agrémenté de vestiges de son passé qui en font la première destination touristique mondiale, Paris peine pourtant à trouver sa place dans le monde d’aujourd’hui. Sous la menace de devenir une ville musée, Paris a perdu sa place de capitale culturelle mondiale et n’a plus tout à fait l’aura internationale qui fut la sienne aux siècles passés. Débordant de limites fixées depuis près de 150 ans et matérialisées depuis presque 40 ans par le boulevard périphérique, lorgnant sur des banlieues qui sont à la fois un vivier et un repoussoir, Paris est peut-être à la veille d’un nouvel agrandissement, qui lui permettrait de rivaliser avec les grandes métropoles mondiales. Le projet du « Grand Paris » prétend répondre à ces questions. Pourtant les différentes autorités concernées, de la municipalité à l’état, ne voient pas les choses d’une façon identique : au-delà de la dénomination, l’étendue ou le statut de cette métropole font débat, ainsi que les transformations architecturales et urbanistiques qui devraient en résulter. Le retour des tours, bannies de la capitale depuis 30 ans, semble rassembler tous les acteurs, mais peine à s’imposer au grand public.
L’image du vieux Paris, immortalisée par les carnets de dessins d’Albert Laprade ou par les peintres, amplifiée par les guides touristiques, apparaît en effet comme intouchable : c’est elle que les touristes viennent chercher, au risque d’un déception à la hauteur de leurs attentes. Paris ne peut se contenter d’être une carte postale mondialement connue. Le défi de Paris consiste désormais à protéger son patrimoine pluriséculaire, tout en réaffirmant son rôle de capitale et en regardant sans complexe vers l’avenir.

Bibliographie sommaire :

  • Youri Carbonnier, Paris. Une géohistoire, La Documentation française, n°8068, mars-avril 2009.
  • Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris. évolution d’un paysage urbain, Paris, Parigramme, 2007.
  • Bernard Rouleau, Paris, histoire d’un espace, Paris, Le Seuil, 1997.