Des corons aux HLM

7 déc 2009 - 18:30

Café l’Euro-Café / 41, rue Moyenne / Bourges

Intervenante : Hélène FROUARD, docteur en histoire de l’art et agrégée d’histoire, chercheuse au Centre de recherches historiques de l’EHESS.

Des corons décrits par Zola aux cités minières des années vingt, le logement ouvrier a marqué profondément nos paysages et notre imaginaire social. Chacun de nous en a une perception différente, qu’elle soit savante ou affective
La discussion du café historique est l’occasion de revenir sur cette histoire, en croisant le travail d’une historienne, qui a étudié pendant plusieurs années les politiques patronales de logement en France dans la première moitié du XXe siècle aux témoignages et réflexions du public.
Sans préjuger des thèmes qui seront abordés lors de ce Café, on peut d’ores et déjà proposer trois angles d’attaque possible.
Le premier est celui d’une meilleure compréhension de ces politiques. Non que l’interprétation qu’on en fasse puisse être univoque : intervenir pour loger son personnel, est ce en effet le produit d’un intérêt bien compris ou une action philanthropique ? Une tentative de reproduire dans l’espace les rapports de domination de l’usine, ou d’améliorer (par exemple pour des motivations religieuses) les conditions de vie de la main d’œuvre ? S’il est difficile de trancher définitivement, on pourra tout au moins apporter de nombreux éléments sur les modalités de ces politiques, qui ont longtemps été mal connues : Quel statut ont ces logements ? Par qui sont ils construits ? À qui s’adressent-ils ? Qui les gère ?
Le second point qui parait intéressant est celui du rapport entre l’action des entreprises et les politiques publiques de logement. Bien que particulièrement médiatisée depuis quelques années, la crise du logement que nous vivons n’est malheureusement pas nouvelle. Depuis le XIXe siècle, la « question du logement », assimilée le plus souvent à la question sociale, focalise l’attention des réformateurs puis des pouvoirs publics. Or les entreprises ont participé pleinement à ce mouvement (dans l’entre-deux-guerres, elles sont à la tête d’un parc immobilier de plusieurs centaines de milliers de maisons), et les pouvoirs publics vont d tout faire pour capter cet effort à  leur profit  L’analyse des politiques patronales de logement de la première moitié du XXe siècle permet ainsi d’interroger autrement les politiques publiques de logement social auxquelles le patronat se trouve – volontairement ou à son corps défendant – étroitement associé.
Enfin, l’architecture des logements peut être elle aussi l’occasion de débats. Elle permet notamment de s’intéresser à une architecture « ordinaire » ou « banale », que l’histoire  a trop souvent négligée au profit d’œuvres plus exceptionnelles. D’où des questions notamment sur une éventuelle patrimonialisation de ces ensembles
En mettant en perspective les enjeux contemporains dans une dimension historique, en montrant qu’il n’y a pas de « naturel » ou d’« évidence » , mais des chemins empruntés, des alternatives rejetées, les discussions pourront ouvrir des pistes pour mieux comprendre la situation contemporaine.