Sur la médiatisation de l’histoire

10 nov 2009 - 20:00

Brasserie de l’Univers / 8, place Jean Jaurès / Tours

Intervenant : M. Emmanuel LAURENTIN, journaliste pour France Culture et présentateur de la Fabrique de l’Histoire

Emmanuel Laurentin, “fabriqueur” d’histoire sur France Culture
Artcile de Télérama – 3 avril 2008

RADIO – L’histoire, Emmanuel Laurentin est tombé dedans petit, en écoutant les récits de son grand-père. Dingue de cuisine, il mixe témoignages, débats et archives ; ennemi de l’ennui, il remonte le temps avec gourmandise du lundi au vendredi, à 9h05 sur France Culture.

Emmanuel Laurentin a une hantise : l’ennui. Il lui a définitivement tordu le cou en choisissant l’histoire comme terrain d’étude, le journalisme comme moyen de transmission, et la surprise comme enjeu permanent. Il sait, pour l’avoir expérimenté dans son émission, que l’histoire n’est jamais figée, que toutes les périodes peuvent se « réchauffer », à l’occasion de l’ouverture d’archives, d’une parole qui se libère, d’une découverte fortuite, de l’intuition d’un historien ou même de la vision d’un cinéaste. Ce qu’il résume par un aphorisme – « Quand on veut jeter l’histoire par la porte, elle revient par la fenêtre » –, et qu’il illustre avec la mémoire de la guerre civile espagnole : « A Barcelone, au début des années 2000, nous avions recueilli des témoignages sur le choix de de la réconciliation et du silence, seuls garants d’un véritable pacte social. Et puis, en 2002, les premières fosses contenant les restes de combattants sont découvertes et immédiatement les souffrances, les dissensions renaissent. Et l’on a pu enregistrer exactement le contraire de ce qui avait été dit auparavant. »

De ces allers et retours permanents entre le présent et le passé, Emmanuel Laurentin nourrit sa Fabrique, une émission quotidienne qu’il a structurée de manière à laisser la place à toutes sortes de lectures : témoignages, documentaires, archives sonores, analyses et débats, explorant chaque semaine un thème en allant du particulier au général, du récit d’un seul au décorticage des historiens. Avec souplesse, il rebondit sur tout ce qu’il entend et ce qu’il voit pour le transformer en un thème d’émission : la déclaration d’un politique, la sortie d’un livre, une brève dans un journal.

Aussi gourmand dans la vie – il est capable de dater le dernier et incomparable ris de veau qu’il a dégusté (1995) – que dans ses lectures, Emmanuel Laurentin défend aussi bien les conteurs de l’histoire à la Decaux que les penseurs les plus pointus ou les chercheurs les plus imaginatifs (comme Arlette Farge). Il a le goût du récit (les longs moments passés avec son grand-père paysan), celui de l’enquête (qui croise son autre passion, le roman policier) et celui de l’analyse (acquis au cours de ses études d’histoire médiévale). Il prend donc en compte aussi bien l’intuition, l’émotion, l’imaginaire que les études savantes et les raisonnements remarquables. « L’homme est tissé d’histoires, explique-t-il, individuelle, familiale, sociale ou environnementale. » Alors, en étudiant les thèmes récurrents de La fabrique de l’histoire (l’histoire rurale, la sortie de la guerre de 40), on pourra en savoir un peu plus sur son producteur, Emmanuel Laurentin, né en 1960 dans le Poitou. C’est là que l’histoire commence.

Martine Lecoeur
Télérama n° 3038

La fabrique de l’histoire, du lundi au vendredi, 9h05, France Culture.