Catherine de Médicis et la violence

29 nov 2012 - 19:30

Le Palais / 15 place Jean Jaurès / Tours

Par Denis CROUZET, professeur à l’université de Paris IV- Sorbonne

En partenariat avec les Salons de Choiseul, Rencontres historique du Lycée Choiseul sur le thème de “ La Guerre »

Catherine de Médicis fut une figure énigmatique. Si nombre de ses contemporains furent déroutés par son art de la feinte et de la manipulation, d’autres virent en elle une maîtresse de la duplicité, n’hésitant pas à recourir à la violence et à la trahison. Mais, comme Denis Crouzet le retrace, la mère des trois derniers Valois était hantée par un projet de paix et d’amour qui devait contrecarrer les haines aspirant catholiques et calvinistes dans les atrocités de la guerre. Elle était persuadée qu’en tant que femme, naturellement dotée d’une douceur, elle se devait d’agir contre  les pulsions mortifères qui agitaient les hommes. Elle pensait assumer une mission divine vouant son « haut cœur » à sans cesse œuvrer, par la magie d’une parole de conciliation, à la concorde civile des confessions. Elle justifiait son engagement en vertu de la nécessité d’un ajustement de l’art de gouverner aux données nouvelles de l’histoire. Elle fut alors la promotrice d’une mutation révolutionnaire, puisque le royaume de France, dès le début de la décennie 1560, vécut l’aventure inédite d’une cohabitation des fidèles de deux religions hostiles. Mais cette découverte, toujours contestée, la porta peut-être à juger que le crime, quand les passions humaines subvertissaient le pouvoir sacré des mots, pouvait être l’ultime instrument d’un retour à la paix. Dépeinte par Montaigne sous les traits d’une « violente maistresse d’escole », la conscience de la nécessité fut sans doute à l’origine du massacre de la Saint-Barthélemy ; et, dans l’ombre de la vie d’une Catherine de Médicis bien distante de sa légende noire, surgit ainsi un des moments tragiques de l’invention de la raison politique moderne.