Petite histoire de l’agriculture biologique en france

18 oct 2012 - 14:00

Ferme de Thierry et Jean-Marie Puzelat / 6 route de Seur / Les Montils

Dans le cadre Des Rendez-vous de l’histoire sur le thème Les Paysans

En partenariat avec l’ADDEAR 41

Par Benoît LEROUX, sociologue, chercheur associé au Centre européen de sociologie et de science politique

Dès la première moitié du 20e siècle, en Europe notamment, ce sont des paysans, chercheurs, médecins et intellectuels qui réagissent aux effets produits par l’industrialisation capitalistique sur les modes de production agricole et sur la qualité des denrées alimentaires. Ces fondateurs d’une agriculture « organique » ou « naturelle », devenue « biologique », s’opposent aux logiques marchandes et industrielles, au positivisme du progrès technique, à une approche du vivant qu’ils qualifient de réductrice.

À la fois théoriciens et expérimentateurs, les fondateurs de l’agriculture biologique s’appuient sur différents courants de pensée proches des conceptions naturalistes et du romantisme politique de la fin du 19e siècle. Ce substrat idéel associé aux savoir-faire et modes de vie paysans (autonomie, observations, approche écosystémique, etc.) servira de référence aux recherches d’alternatives sociales et agronomiques que poursuivront les pionniers de l’agrobiologie.

Ces caractéristiques sociogénétiques demeurent en grande partie opérantes pour la plupart des mouvements agrobiologistes de France qui se développent surtout à partir du milieu des années 1950. En effet, la dynamique réactive aux effets produits par l’industrialisation capitaliste (notamment ses guerres et ses crises) stimule, depuis sa genèse, la structuration de ce milieu socioprofessionnel. Pour autant, avant la fin des années 1970, plusieurs mouvements poursuivent l’élaboration de méthodes et des principes agrobiologiques d’une manière séparée plus ou moins séparée.

Cependant, les processus de convergences sociotechniques engagés par Nature et Progrès depuis 1964 valorisent les propriétés spécifiques à cet espace social. Avec le renfort, après mai 1968, de néo-ruraux engagés dans des logiques contre-culturelles (mouvements contestataires, écologistes, libertaires), les acteurs les plus en adéquation avec les principes originels de l’agrobiologie provoquent alors une dynamique qui va pouvoir incarner la symbiose la plus aboutie de l’esprit de l’agriculture biologique. Ainsi, dès 1964 et jusqu’au milieu des années 1980, des membres de Nature et Progrès suivis d’acteurs influents de l’agrobiologie rassemblent tant au plan des techniques que des sensibilités politiques, et contribuent, pour l’essentiel, à délester ce mode de production de ses travers réactionnaires, religieux et marchands, sources d’hétéronomie.

Ce processus confère une cohérence à l’espace agrobiologique équivalant à une autonomie relative au sein du monde agricole. Mais l’émergence de ce champ socioprofessionnel se réalise également par la démarche engagée pour son institutionnalisation réglementaire et marchande. Institutionnalisation qui va avoir pour effets pour les producteurs, tout en « démocratisant » leur capital spécifique (produits de qualité labellisés, modes de production, cahiers des charges) de leur faire perdre partiellement la main sur le contrôle de leur devenir.