Gastronomies française et italienne : alliées ou rivales ?

10 oct 2009 - 15:30

Café Le Pénalty / 3, place de la Résistance / Blois

Intervenant : Alberto TOSCANO, docteur en sciences politiques et Thibault LECLERC, éditeur du Bottin gourmand

Il existe parmi le monde, deux façons de préparer des aliments particulières et très appréciées à travers le monde : l’italienne et la française. On peut se demander si la gastronomie française et italienne ne sont pas deux visages de la même réalité : d’un coté un univers français axé sur la viande et de l’autre un univers italien lié aux céréales (aujourd’hui les pâtes et le riz, mais il y a très longtemps d’autres produits comme le « farro »).
Historiquement les influences réciproques entre les deux astronomies ont été nombreuses. Par exemple, le personnage de Catherine de Médicis a concentré en soi une symbiose assez réussie entre les traditions alimentaires des deux pays. Elle a amené avec soi à la cour de France des cuisiniers de l’Italie centrale (avec des produits alors peu connus au nord des Alpes) et elle a essayé au même temps de proposer à la table royale des innovations gastronomiques, comme l’artichaut, objet d’admiration et de méfiance à cause de ses présumées caractéristiques « aphrodisiaques ».
Aujourd’hui Français et Italiens ont en commun un intérêt fondamental, qui est écologique et économique en plus que purement gastronomique : la bataille planétaire pour l’affirmation des produits de qualité, liés à une vraie histoire et à une vraie tradition. L’idée même qu’on puisse produire du « gorgonzola» au Canada ou du « camembert » en Australie devrait provoquer la répulsion de la part de tout être humain doté d’un minimum de bon sens. Cela ne signifie pas que tout produit français ou italien soit de qualité. Par contre, on peut bien dire que nos deux pays, qui du point de vu gastronomiques peuvent constituer une réalité commune, ont la tâche historique de se mettre à la tête de la croisade mondiale pour le respect de la qualité et de la tradition des aliments.
La vraie différence n’est pas entre une gastronomie et une autre, mais entre une « philosophie de l’alimentation » et une autre. Français et Italiens ont pour intérêt commun de privilégier et de défendre sans relâche touts les éléments regardants les traditions et le respect du terroir comme de la mer. C’est une certaine idée de l’alimentation, du goût et aussi de l’histoire et de la culture. Malheureusement partout dans le monde (y compris la France et l’Italie) on voit aussi une autre philosophie de la table : celle du « fast-food », des préparations standardisées et du bœuf aux hormones. Dans la bataille planétaire entre le bœuf de Kobe et le bœuf aux hormones, c’est le premier qui parle la langue de Dante et celle de Molière.