Cousu de fil rouge le voyage des intellectuels français en Union soviétique

14 juin 2012 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Rachel Mazuy, agrégée et docteure en Histoire chargée de cours à l’université Paris 3 et à Sciences Po

Avec la Révolution d’octobre, le communisme soviétique fait naître une fascination qui va toucher des dizaines de milliers d’intellectuels pendant plusieurs décennies.

En France, nombreux sont ceux qui, comme Georges Duhamel, Paul Langevin, Jean Lurçat, Henri Barbusse, Jean Renoir, Louis-Ferdinand Céline, André Gide, Louis Aragon, Paul Nizan, André Malraux, Jean-Richard Bloch et bien d’autres, sacrifient au rituel du voyage en URSS dans les années vingt, trente et cinquante.

Outil de propagande dès les années vingt, le voyage fait naître des structures spécifiques d’encadrement à partir du milieu des années vingt (VOKS et Intourist).
Ces deux structures vont mettre en place une véritable « diplomatie d’influence ». Les voyageurs doivent en effet témoigner de ce qu’ils ont vu à leur retour.
Aussi, les organisateurs essaient de tout prévoir, avant le départ, pendant le voyage et au retour.

Cependant, ce processus de conviction fonctionne rarement parfaitement.
Il dépend en effet non seulement des conditions d’accueil, mais aussi et surtout des convictions du voyageur avant son départ et, pendant le voyage et au retour, de la gestion qu’il arrive à faire du hiatus entre la réalité perçue et celle idéalisée par la propagande.

Une partie des voyageurs va témoigner chaleureusement, une autre fera partie des  « ennemis de l’URSS », tandis que certains se réfugient dans des silences plus ou moins éclatants. Dans les années trente, les Soviétiques en contact avec les étrangers vont souvent payer le prix fort pour ces échecs…