Les expérimentations sur les êtres humains (18e-19e siècles)

9 oct 2009 - 14:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Intervenant : GRÉGOIRE CHAMAYOU, chercheur à l’Institut Max Planck pour l’histoire des Sciences de Berlin

Écoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l’empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l’internement des indigènes auxquels il administrait des injections d’arsenic. «On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d’importance», disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel.

Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les «corps vils» qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire ignorée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l’allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l’innovation ? Qui en récolte les bénéfices ?), il interroge le lien étroit qui s’est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d’être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu’il faut bien appeler des «rationalités abominables», chargées de justifier l’injustifiable ?

Pour en savoir plus :

  • Grégoire CHAMAYOU, Les corps vils : expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, éditions les Empêcheurs de penser en rond , Paris, 2008.