Femmes et écriture en Mésopotamie antique

26 jan 2012 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Brigitte LION, professeur d’histoire ancienne à l’Université de Tours

La Mésopotamie antique est souvent présentée comme le berceau de notre civilisation, notamment parce que l’écriture y est née, vers 3400 av. J.-C. Rédigés pendant trois millénaires et demi sur des tablettes d’argile crue, des centaines de milliers de documents, parfois très bien conservés, sont parvenus jusqu’à nous. L’abondance des sources a permis de nombreuses études sociales, parmi lesquelles de multiples travaux portent sur l’histoire des femmes. Mais le lien qu’entretenaient les femmes avec la production écrite n’a été pris en compte que très récemment.

Les femmes avaient-elles, autant que les hommes, accès au monde de l’écrit ? Quantitativement, non. Les milliers de noms de scribes connus sont presque toujours masculins, les archives familiales étaient majoritairement constituées et conservées par les hommes, etc. Mais les femmes n’étaient pas pour autant exclues de la sphère de l’écrit. Le plus ancien nom d’auteur connu est d’ailleurs celui d’une poétesse du IIIe millénaire av. J.-C., Enheduanna, fille de l’empereur Sargon d’Akkad. Après elle, d’autres femmes de sang royal sont connues pour avoir laissé des textes littéraires. Dans le même milieu, les femmes des familles royales sont quasiment les seules personnes, après le roi, à pouvoir commander des inscriptions.

Ces femmes appartiennent à l’élite et évoluent souvent dans l’entourage des rois. Mais des femmes issues d’autres groupes sociaux privilégiés peuvent conserver des archives et être parties prenantes dans des contrats d’achat, de location ou de prêt. Les épouses de marchands agissent comme les partenaires commerciales de leurs maris et sont amenées à gérer leurs biens et leurs tablettes ; elles envoient et reçoivent de nombreuses lettres. Des jeunes filles apprennent même l’art du scribe… mais dans leur cas, cela n’a probablement rien à voir avec une éventuelle émancipation : elles semblent avoir travaillé surtout pour d’autres femmes évoluant dans des milieux clos, à qui l’on voulait éviter le contact des hommes : épouses principales ou secondaires des rois, ou religieuses consacrées à un dieu, qui vivaient recluses. Les très rares tablettes d’écolières retrouvées montrent néanmoins que les filles suivaient une formation identique à celle des garçons et atteignaient le même niveau d’études.