Alexandrie entre mythe et histoire

1 déc 2011 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Paul-André Claudel, maître de conférence en littérature comparée à l’université de Nantes.

La bibliothèque des Ptolémées, le phare bâti par Sostrate de Cnide, le temple de Sarapis, les légions de César et les festins de Cléopâtre : autant d’images qui reviennent à l’esprit dès que l’on évoque Alexandrie. Cette cité chargée d’histoire semble se prêter naturellement à la narration de son passé.

Pourtant, la ville d’aujourd’hui – deuxième métropole d’Égypte après Le Caire – ne peut offrir au visiteur que de rares traces concrètes : on ne découvrira guère, en parcourant ses rues, de grands monuments ou de vestiges remarquables. Le phare a disparu depuis sept siècles ; la fameuse bibliothèque semble s’être évanouie parmi les habitations modernes ; du tombeau d’Alexandre le Grand, dont les Anciens nous disent qu’il occupait le centre de la cité, il ne reste rien… Alexandrie est décidemment une ville peu soucieuse de sa mémoire : n’ayant cessé de se reconstruire sur elle-même, chacune de ses mutations a entraîné la disparition de ses vies antérieures. Cet état de fait a de quoi mettre au désespoir les archéologues, incapables de reconstituer jusqu’au plan général de la cité antique !

Par bonheur, une ressource abonde, face à la carence des preuves de terrain : les textes littéraires. Depuis l’Antiquité, cette ville d’exception n’a cessé d’attiser l’écriture, d’animer la rêverie et de mettre en branle l’imaginaire. C’est ce paradoxe qu’il faut souligner, et explorer dans toutes ses implications : de nos jours, pour retrouver cette Alexandrie perdue, les textes des érudits ou des poètes nous sont, quelles que soient leurs erreurs et leurs exagérations, au moins aussi essentiels que toute entreprise archéologique. Et si la « véritable » Alexandrie n’était pas à chercher dans d’improbables fouilles, mais bien dans le dédale de ses ramifications imaginaires ? C’est à une promenade à travers cet amoncellement de témoignages, de contes, d’évocations plus ou moins ornées, que l’on voudrait s’essayer : pour comprendre ce que la littérature peut apporter, en dernier ressort, à l’archéologie.

Bibliographie indicative :

A. Bernand, Alexandrie la Grande, Paris, Hachette, collection « Pluriel », 2004

P.-A. Claudel, Alexandrie. Histoire d’un mythe, Paris, Ellipses, collection « Biographies et mythes historiques », 2011

J.-Y. Empereur, Alexandrie hier et demain, Paris, Gallimard, collection « Découvertes », 2001