Les Français et l’Italie du Risorgimento

5 déc 2011 - 18:30

Café l’Euro-Café / 41, rue Moyenne / Bourges

Par Anne-Claire Ignace, normalienne, agrégée et docteur en histoire (Paris 1-Pise)

» Gloire aux Italiens ! Leur triomphe est le nôtre, car nous leur sommes unis par le fond des entrailles ; ils ne forment avec nous qu’une même famille, dont ils sont les aînés. » Parues dans un quotidien républicain de Paris au printemps 1848, quelques jours après la déclaration de guerre du roi de Piémont-Sardaigne à l’Autriche, ces lignes témoignent de l’enthousiasme que suscita, au sein d’une grande partie de l’opinion française, le déclenchement de la « première guerre d’indépendance italienne », destinée à libérer le Nord de la péninsule de toute présence étrangère.

Le sentiment qu’ont de nombreux Français de partager avec les Italiens une communauté de destin n’est pas né en 1848 et il ne s’éteint pas avec l’écrasement du printemps des peuples. Depuis l’entrée des troupes du général Bonaparte à Milan en 1796 jusqu’à la proclamation de Rome capitale de l’Italie en 1870, les armées françaises traversent les Alpes à plusieurs reprises pour intervenir dans la péninsule italienne. Par ailleurs, la question italienne occupe une place extrêmement importante dans le débat public français, au point qu’on a pu parler, pour caractériser cette période, d’un « moment risorgimental » de la vie politique française – le terme Risorgimento désignant le mouvement politique et culturel de renaissance de la nation italienne qui devait aboutir, au terme de plusieurs décennies de luttes politiques et de conflits armés, à la proclamation du royaume d’Italie, le 17 mars 1861. Ce sont les multiples aspects des relations franco-italiennes durant le Risorgimento que nous voulons évoquer dans le cadre de ce café historique, en nous intéressant particulièrement à la manière dont les Français ont perçu le processus unitaire et se sont engagés, pour ou contre lui.

L’histoire des relations franco-italiennes pendant le Risorgimento est d’abord une histoire diplomatique et militaire, et le soutien militaire apporté par la France du Second Empire au Piémont de Victor-Emmanuel et de Cavour en 1859 est un moment essentiel de cette histoire. Depuis quelques décennies, cependant, les questionnements des historiens se sont déplacés, afin d’éclairer des aspects moins connus des relations franco-italiennes : délaissant les cabinets ministériels et les milieux de la diplomatie, certains travaux se sont penchés sur la manière dont les Français eux-mêmes – et plus seulement leurs dirigeants – ont perçu les événements italiens et se sont exprimés à leur sujet. Au-delà d’une simple histoire des représentations, il s’agit aussi de comprendre dans quelle mesure les débats autour de l’unification italienne ont pu participer, dans la France du XIXe siècle, au long processus de politisation de la société. Particulièrement intéressants sont, à cet égard, les travaux sur le mythe politique de Garibaldi, le grand héros populaire du Risorgimento, qui fut célébré par l’ensemble de la gauche européenne, et en particulier par la gauche française.

L’autre champ de recherche qui a permis de renouveler en profondeur l’histoire des relations franco-italiennes est celui du volontariat armé international : on connaît de mieux en mieux les Français qui, pendant toute la durée du Risorgimento, se sont engagés les armes à la main dans les combats qui déchiraient la péninsule : alors que certains combattirent au côté des partisans du Risorgimento, d’autres allèrent grossir les rangs de l’armée pontificale pour défendre le pouvoir temporel du pape, directement menacé par le processus unitaire. En sens inverse, Garibaldi et ses Chemises rouges n’hésitèrent pas à mettre leurs armes au service de la France, lors de la guerre de 1870 et même après la mort du général.

En marge de l’histoire diplomatique classique, il existe donc une histoire encore méconnue des relations qu’ont entretenu le peuple italien et le peuple français au cours du long XIXe siècle.

Quelques lectures

AGULHON, Maurice, « Le mythe de Garibaldi en France de 1882 à nos jours », dans Histoire vagabonde. II. Idéologies et politique dans la France du XIXe siècle, Paris, Gallimard, 1988.

FRÉTIGNÉ, Jean-Yves, PASTEUR, Paul (dir.), Garibaldi, modèle, contre-modèle, légende dorée et légende noire, Rouen, PURH, 2011.

GUENEL, Jean, La dernière guerre du pape. Les Zouaves pontificaux au secours du Saint-Siège, 1860-1870, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1998.

HEYRIÈS, Hubert, Les Garibaldiens de 14 : splendeurs et misères des Chemises rouges en France de la Grande Guerre à la Seconde Guerre mondiale, Nice, Serre, 2005.

PÉCOUT, Gilles, Naissance de l’Italie contemporaine, Paris, Armand Colin,

TOSCANO, Alberto, Vive l’Italie. Quand les Français se passionnaient pour l’unité italienne, Paris, Armand Colin, 2010. [L’auteur n’est pas historien, mais journaliste].