Un demi-siècle après la baie des Cochons

8 juin 2011 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Jacobo MACHOVER, maître de conférences à l’université d’Avignon, professeur à l’École Supérieure de Gestion Management School de Paris

En prélude aux combats de la baie des Cochons, qui opposèrent en avril 1961, l’ensemble des forces armées du régime castriste à environ 1500 combattants contre-révolutionnaires de la Brigade 2506, appuyés de manière voilée et hésitante par l’administration Kennedy, Fidel Castro décréta le « caractère socialiste de la révolution » à Cuba. Il entendait, en faisant cela, obtenir un appui résolu de l’Union Soviétique face à une « invasion » imminente, qui avait été précédée par le bombardement d’un certain nombre d’aérodromes militaires.

La proclamation, effectuée dans un moment d’intense mobilisation, lors des obsèques des victimes du bombardement, constitua le commencement officiel d’un système qui allait se perpétuer pendant plus d’un demi-siècle, parvenant même à survivre à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc de l’Est avec, à sa tête, toujours les mêmes hommes, issus de la même famille : Fidel, puis Raúl.

Cinquante ans plus tard, la célébration de la victoire des troupes castristes allait donner lieu à une grande parade militaire et « populaire » qui devait coïncider avec la tenue du VIe congrès du Parti communiste (14 ans après le congrès précédent), dont l’objet était d’entériner les réformes économiques prônées par Raúl Castro. Ainsi, l’ouverture au capitalisme dans certains secteurs parfaitement encadrés pourrait se faire dans le respect des principes qui ont constitué le socle de la révolution cubaine, même s’il s’agissait du licenciement sans contemplation de centaines de milliers de travailleurs condamnés à chercher, dans une totale incertitude, une solution de remplacement à ce qui avait constitué leur quotidien depuis toujours : les subsides de l’État.

Les mythes consciemment entretenus par les frères Castro servent à justifier une révolution qui a fini par renier tous ses soubassements, mais sans le proclamer ouvertement. Il s’agit de dissimuler la faillite d’un système qui n’a servi qu’à consolider leur domination éternelle sur un peuple qui voit son salut ailleurs, dans la fuite éperdue vers d’autres terres, le plus loin possible des idéologies surannées.

Jacobo Machover

Auteur de Anatomie d’un désastre. Baie des Cochons, Cuba, avril 1961.

Éditions Vendémiaire, 2011.