Il y a 50 ans naissait le Ministère de la Culture

21 sept 2009 - 18:30

Café l’Euro-Café / 41, rue Moyenne / Bourges

Intervenante : Pascale Goetschel. université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Quelques mois après l’entrée en vigueur de la Cinquième République, au tout début de l’année 1959, André Malraux prend la tête du nouveau ministère des Affaires culturelles, apparemment créé tout à sa mesure. La nomination de l’écrivain, engagé dans les Brigades internationales, résistant, fidèle du général De Gaulle, augure d’une ère si originale que d’aucuns ont parlé d’« invention de la politique culturelle » à propos de ce moment si particulier (Philippe Urfalino). Il y eut bien, en effet, une série d’innovations : une nouvelle administration issue de l’Éducation nationale mais surtout de l’Outremer ; une impulsion budgétaire certaine ; une multitude de mesures inédites, dont la création des Maisons de la Culture, polyvalentes, ou la volonté de faire intervenir les pouvoirs publics pour sauver le patrimoine urbain.
Cependant, au-delà du caractère exceptionnel de l’« événement » constitué par la naissance d’un ministère dédié à la Culture, il sera intéressant de s’interroger sur les différentes séquences dans lesquelles s’insère cette création. Le ministère d’André Malraux s’inscrit, en effet, dans un long terme – l’héritage des Lumières –, un moyen terme – le Front populaire et sa politique culturelle, particulièrement –, un court terme aussi – celui des années 1960 et de la montée en puissance des pratiques culturelles –, termes qui rendent périlleuse toute analyse de la naissance du ministère de manière trop isolée ou trop administrative.
Il faudra donc s’interroger sur l’universalisme des valeurs véhiculées par l’auteur de l’Espoir, au-delà des idées gaulliennes de la Cinquième République. On axera également la réflexion sur la progressive professionnalisation de tout un milieu culturel, en pleine expansion depuis les années 1930,et sa cohorte de difficultés : quels liens, par exemple, les hommes et les femmes qui ont choisi de travailler dans le domaine culturel entretiennent-ils avec l’éducation populaire ? Le questionnement portera aussi sur le rôle de la culture dans la planification et l’aménagement du territoire, outils politiques par excellence de la France des Trente Glorieuses, et plus précisément encore celle des années 1960. On pourra enfin orienter la réflexion sur le type de culture véhiculée dans les institutions créées et subventionnées par les pouvoirs publics, à rebours d’un certain « esprit du temps » (Edgar Morin) des sixties dominé par la consommation de masse. En clair, de quels loisirs culturels parle-t-on dans un moment où des publics de plus en plus nombreux sont demandeurs d’une culture extrascolaire ? Et comment celle-ci est-elle l’objet de contestations au sein même de l’administration culturelle, et ce avant 1968 ? Avec, pour finir, la question de savoir comment le ministère des Affaires culturelles a  composé avec la révolution soixante-huitarde : incompréhension ? Fascination ? Retour à l’ordre et mise au pas ?

Pour en savoir plus :

  • Robert Abirached (dir.), La Décentralisation théâtrale. 2. Les Années Malraux 1959-1968, Paris, Actes Sud Papiers, 1993
  • Les Affaires culturelles au temps d’André Malraux, 1959-1969, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Paris, La Documentation française, 1996
  • Vincent Dubois, La Politique culturelle : genèse d’une catégorie d’intervention publique, Paris, Belin, 1999
  • Pascale Goetschel, Renouveau et décentralisation du théâtre, Paris, PUF, 2004
  • Philippe Urfalino, L’Invention de la politique culturelle, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Paris, La Documentation française, 1996