La Gaule celtique vue par le Grecs et les Romains

20 juin 2011 - 18:30

Café l’Euro-Café / 41, rue Moyenne / Bourges

Par Jean-Louis Brunaux, Directeur de recherche au CNRS (Laboratoire d’archéologie de l’ENS).

Notre regard sur la Gaule et ses habitants, si l’on excepte les fantasmes nationalistes qui les idéalisent depuis deux siècles, est comme déterminé par celui qu’ont porté sur eux les Grecs et les Latins. Les Gaulois, par une pure spiritualité accompagnée de contraintes religieuses rigoureuses, ont renoncé à l’écriture au moment même où ils l’ont découverte, vers – 600 quand les Phocéens se sont installés durablement sur la côte méditerranéenne. De ce fait, ils n’ont produit aucune littérature, pas d’œuvre historique, ni même le moindre ouvrage scientifique. Les arts figurés ne se sont pas non plus développés, pour les mêmes raisons. Quelle était leur société, son organisation, son fonctionnement politique ? Quelles étaient leurs croyances, leur conception du monde ? Quelles étaient leurs mœurs et leurs coutumes ? Nous n’en saurions absolument rien, si leurs voisins, dits « civilisés » ne nous en avaient transmis des témoignages, abondants en un sens, mais surtout variés. Ce sont des récits historiques, des allusions dans des œuvres littéraires, des représentations sculptées ou peintes, une multitude d’informations fragmentaires voire lacunaires dont la synthèse serait impossible, si l’on ne disposait pas d’une sorte de petit guide géographique et ethnographique avec l’œuvre de Jules César, La Guerre des Gaules, et plus spécialement un long passage du livre vi.

Ce texte a fait, après lui, couler beaucoup d’encre et pose toujours question. Son objectivité fait débat, puisque son auteur est aussi l’ennemi des Gaulois et celui qui a conquis la Gaule. Mais la philologie qui étudie l’origine des textes antiques et leur filiation révèle que le problème est plus complexe encore. Le tableau de la société gauloise que dresse César au Livre vi n’est pas son œuvre personnelle mais le résumé et l’adaptation à ses lecteurs du milieu du ier siècle avant notre ère d’une œuvre de cinquante ans plus ancienne et due à un grand savant grec, Poseidonios d’Apamée.

Doit-on pour autant faire plus confiance à ce philosophe et savant grec dont les méthodes scientifiques paraissent une meilleure garantie que les rapports au sénat romain d’un militaire et homme politique, qui sont la matière première de La Guerre des Gaules ? Certes, oui. Cependant les choses ne sont pas si simples. Les progrès de l’archéologie de ces quarante dernières années montrent que Poseidonios lui-même, bien qu’ayant voyagé en Gaule et observé de ses yeux la réalité des années – 100, a, pour une part, procédé comme César : il a utilisé des documents plus anciens, souvent de plus de deux siècles. L’historien de la Gaule doit donc se livrer à une véritable enquête policière pour remonter à l’origine des sources et les situer dans le temps et l’espace géographique. Les plus anciennes observations effectuées sur les habitants de la Gaule nous ramènent ainsi au viie siècle avant J.-C. quand les Phocéens qui allaient fonder Massalia ne connaissaient sur la côte languedocienne que les Celtes.

Entre cette précoce apparition dans l’histoire des Celtes et la disparition des Gaulois comme force politique indépendante, le regard des Grecs puis des Romains sur les peuples des bords de l’océan a profondément changé. Il importe d’en comprendre les motivations pour en utiliser au mieux les œuvres qu’il a produites.

Bibliographie :

Arnaldo Momigliano, Sagesses barbares. Les limites de l’hellénisation, Paris, François Maspéro, 1979.

Christian Goudineau, Regard sur la Gaule, Paris, éditions Errance, 1998.

Jean-Louis Brunaux, Voyage en Gaule, Paris, Le Seuil, 2011.