Guerre d’Algérie, Guerre de libération, 1962-2012. Une commémoration lourde d’enjeux

14 avr 2011 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Sylvie THÉNAULT, chargée de recherches au CNRS.

En 2012, nous commémorerons le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.
Cette commémoration pose des problèmes politiques : arrivant au moment des élections présidentielles, elle sera un moment délicat pour le chef de l’Etat, tiraillé entre des impératifs de conjoncture politique intérieure et de politique extérieure. A l’intérieur, en effet, la guerre d’Algérie a occupé le débat public depuis les « révélations » du général Aussaresses en 2000. Occasion d’une re-découverte de la torture et des violences françaises en Algérie, elles sont été suivies par un mouvement inverse : depuis, ce sont les nostalgiques de la colonisation qui ont pris l’initiative de manifestations mémorielles, avec l’article 4 de la loi du 23 février 2005 et des stèles à la mémoire de l’OAS dans le sud de la France. Sur ce fondement, il est probable que tout candidat à l’élection pensera récupérer des voix en s’inscrivant dans ce courant plutôt que dans une critique de la colonisation. Mais à l’inverse, le développement d’une coopération franco-maghrébine en panne impliquerait une reconnaissance française des maux de la colonisation. Tiraillée entre ces deux options, l’organisation de la commémoration promet d’être délicate.

Outre des problèmes politiques, cette commémoration soulève des questions historiques : pourquoi une telle fin de guerre, du cessez-le-feu le 19 mars à l’indépendance le 5 juillet ? Pourquoi tant de violence ? Quelle Algérie allait en sortir ? Quelles traces, aussi, allait-elle laisser dans la société française ?

Elle est ainsi l’occasion de revenir sur la chronologie de la guerre et en particulier le processus de sortie de guerre : entre le cessez-le-feu du 19 mars et l’indépendance fêtée en Algérie le 5 juillet, s’ouvrait pour les opposants à l’indépendance une période propice ; ils allaient jouer leur va-tout pour faire capoter le processus prévu. Cette période fut peut-être la plus violente de toutes. Il  faut plonger dans l’histoire de la guerre et dans celle de la colonisation pour comprendre les attentats de l’OAS, le désespoir des Français d’Algérie et l’attitude des Algériens, membres du FLN et autres. En Algérie, d’ailleurs, la guerre civile prit le relais de la guerre pour l’indépendance et ce n’est qu’en septembre 1962 qu’un pouvoir souverain put s’intaller. En France, plusieurs voix allaient poursuivre le débat sur l’Algérie : celle des anciens combattants du contingent luttant pour la reconnaissance de leur statut ; militaires engagés jusqu’au bout pour la défense de l’Algérie française, prenant le général de Gaulle pour cible ; porteurs de valise dont les condamnés bataillaient pour l’amnistie ; Français d’Algérie et harkis malvenus dans la société métropolitaine. Les immigrés algériens, bien que silencieux, constituaient aussi un groupe porteur de la mémoire de cet événement.