Quand le pape se prend pour l’empereur. La papauté aux XIe-XIVe siècles

30 mar 2011 - 18:30

Café le Saint-Hubert / 25, rue de la poste / Châteauroux


Quand le pape se prend pour l’empereur. La papauté aux XIe-XIVe siècles.

Par Pascal MONTAUBIN, maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Picardie.

Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, l’évêque de Rome a revendiqué une primauté religieuse dans l’Eglise en vertu de la tradition apostolique (Pierre et Paul martyrisés à Rome). Au cours du VIIIe siècle, lorsque l’empereur de Constantinople perdit son influence en Italie centrale et septentrionale, la papauté s’affirma en plus comme puissance politique et comme détentrice de l’héritage impérial romain en Occident.

La prise en main d’un ambitieux programme de réforme morale et disciplinaire du clergé, afin de mieux guider le peuple de Dieu vers la Jérusalem céleste, conduisit l’Eglise romaine renouvelée au milieu du XIe siècle (en particulier le pape Grégoire VII, 1073-1085) à entrer en conflit avec les princes chrétiens, et à leur sommet l’empereur germanique, qui étaient jusqu’ici chargés aussi de cette mission eschatologique. Les relations entre clercs et laïcs dans l’Eglise et par conséquent dans la société furent transformées.

Pendant les trois siècles qui suivirent, la réflexion canonique, théologique et ecclésiologique renforça la position idéologique du pape, placé à la tête du clergé, mais aussi au dessus des souverains laïques, et même des non-chrétiens. Pour gouverner, l’Eglise romaine inventa de manière précoce un appareil étatique qui illustre la genèse de l’Etat moderne en Europe : centralisation, organes administratifs, juridictionnels et financiers, construction territoriale, etc.

La situation politique ne fut cependant pas toujours favorable dans les faits, et plus d’un souverain pontife ne fut pas en mesure de demeurer dans sa cité, Rome, qui devint une capitale facultative aux XIIIe-XIVe siècles au profit d’une approche plus universelle du Siège apostolique. En revanche, la papauté développa sa communication politique à l’échelle de la Chrétienté, grâce à des relais multiformes (abondante correspondance, légats, juges délégués, etc.). Elle se montra aussi très active dans le déploiement d’un cérémonial manifestant à la fois sa nature christique et impériale (reprise des emblèmes impériaux, cavalcade couronnée de la tiare, etc.), qui perdura en partie jusqu’au XXe siècle. Ce n’est donc pas sans logique que le pape Boniface VIII (1294-1303) s’exclamait : « C’est moi César, c’est moi l’empereur ». Mais dans le même temps, les Etats monarchiques occidentaux, et Philippe IV le Bel, roi de France très chrétien (1285-1314) en tête, se reconstruisaient sur de nouvelles bases étatiques et entendaient conduire à leur manière leurs sujets vers le salut, ouvrant la voie à une sécularisation et laïcisation encore profondément intégrée au christianisme.

Indications bibliographiques :

_ J. R. Armogathe, P. Montaubin, M. Y. Perrin (sous la direction de), Histoire générale du christianisme, vol. I : des origines au XVe siècle, Paris (PUF), 2010.

_ A. Vauchez (sous la direction de), Histoire du christianisme, vol. 5 et 6, Paris (Desclée/Fayard), 1990, 1993.

_ A. Paravicini Bagliani, Le corps du pape, Paris (Seuil), 1997.