Madrid, petite ville de l’Islam médiéval (IXe-XXIe siècles)

25 jan 2011 - 18:30

Café le Liber’thés / 21, avenue du président Wilson / Blois

Par Christine MAZZOLI-GUINTARD, université de Nantes

Madrid, officiellement devenue capitale de l’Espagne en 1931, abrite la cour et les instances gouvernementales depuis 1561, lorsque Philippe II d’Espagne (1556-1598) décide d’en faire le siège de la monarchie. Les érudits du temps se penchent alors sur le passé de la ville élue par leur souverain : s’ils reconnaissent au terme « Madrid » une origine arabe, en revanche, ils ne peuvent imaginer que la capitale de l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais n’ait pas des origines antiques, semblables aux grandes capitales européennes de l’époque. Naît alors le mythe de l’origine gréco-romaine de Madrid -le terme arabe ayant remplacé au Moyen Age un toponyme antérieur-, mythe réalimenté par un XIXe siècle nationaliste et catholique. Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que le mythe laisse progressivement place aux réalités, réalités philologiques qui démontrent l’origine pleinement arabe du terme, réalités archéologiques qui mettent au jour peu à peu les vestiges du Madjrit islamique, restes de ses fortifications et éléments de la culture matérielle.

Aujourd’hui, le consensus s’est fait autour de la naissance de Madrid vers 860 : le souverain omeyyade de Cordoue Muhammad Ier décide de fonder une fortification aux confins septentrionaux de son État sous le nom de Madjrit, ‘là où l’eau abonde’. Les sources textuelles et archéologiques permettent de reconstituer le paysage urbain du Madjrit islamique, petite ville fortifiée de quatre hectares, auxquels s’ajoutaient des noyaux d’habitat ouverts et dispersés autour de l’enceinte. Elle était peuplée d’artisans, célèbres pour leur travail de l’argile, de paysans, mais aussi de savants et de fonctionnaires, le gouverneur et le cadi, qui représentaient la cour omeyyade et veillaient à la bonne marche des affaires urbaines. Après la conquête de Madjrit par les Castillans en 1085, la ville conserve de ses origines islamiques son nom, qui devient Magerit, puis Madrid, et elle maintient le principal axe de circulation de la petite ville omeyyade, la grand’rue de Madjrit formant aujourd’hui la partie finale de la Calle Mayor madrilène. Au bout de celle-ci, se dresse la cathédrale de la Almudena, dont le nom perpétue la mémoire d’un terme arabe, al-mudayna, la citadelle. L’histoire de Madjrit au-delà du XIe siècle est celle des mudéjars et des morisques, puis celle d’un legs islamique dont la reconnaissance patrimoniale peine encore parfois, en ce début de XXIe siècle, à se faire entendre.

Je me propose de revenir sur les origines de la ville (le site où elle s’installe, l’homme qui la fait édifier, le nom qu’elle reçoit) et sur le cadre de vie des Madrilènes de l’an Mil (la muraille urbaine, la grande-mosquée, les objets de la vie quotidienne).

Bibliographie :

Jaime Oliver Asín, Historia del nombre Madrid, Madrid : C.S.I.C., 1959 ; 2e éd. Madrid : Instituto de Cooperación con el Mundo Arabe, 1991.

La villa y la tierra de Madrid en los albores de la capitalidad (siglos XIV-XVI),  Eduardo Jiménez Rayado coord., Madrid : Almudayna, 2010.

Madrid y los árabes del siglo IX al siglo XXI, Madrid-Barcelona : Casa árabe-Lunwerg, 2011 (s.p.).

Christine Mazzoli-Guintard, Madrid, petite ville de l’Islam médiéval (IXe-XXIe siècles), Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2009.

Manuel Retuerce Velasco, « Madrid, fundación del emir Muhammad I », El esplendor de los Omeyas cordobeses, Estudios (Ma J. Viguera Molins et C. Castillo coord.), Granada : El Legado andalusí, 2001, t. II, p. 118-125.

Testimonios del Madrid medieval : el Madrid musulmán,  A. Turina Gómez, S. Quero Castro et A. Pérez Navarro éds., Madrid : Museo de San Isidro, 2004.

Fernando Valdés Fernández, « El Madrid islámico. Notas para una discusión arqueológica », Mayrit. Estudios de arqueología medieval madrileña (F. Valdés Fernández éd.), Madrid : Polifemo, 1992, p. 141-180.

María Jesús Viguera Molins, « Madrid en al-Andalus », Actas III Jarique de Numismática hispano-árabe (Madrid, dic. 1990), Madrid : Museo Arqueológico Nacional, 1992, p. 11-35.